logo_er.gif (1593 octets) du samedi 9 septembre 2006

Carte scolaire : Villepin « aménage »

A Thionville, le Premier ministre annonce une « concertation » et condamne toute idée de suppression, prônée par Sarkozy.

Le reportage de Philippe JARRASSÉ

Entre Royal et Sarkozy, Villepin choisit plutôt Royal... Après avoir fait allégeance à son ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, lors de l'université d'été du mouvement à Marseille le week-end dernier, le Premier ministre n'a pas boudé son plaisir hier matin en s'invitant dans le débat pré-électoral sur la carte scolaire, lors d'une visite de rentrée à Thionville. Sur les terres du maire sarkoziste Jean-Marie Demange. Alors que la pagaille fait rage à Paris - entre son projet de fusion GDF-Suez empêché et la réforme à géométrie variable de la justice, où l'on retrouve à chaque fois la main de Nicolas -, Dominique de Villepin aime comme il le fait chaque vendredi à retrouver la sérénité de la province. Entre le travail admirable réalisé au collège La Milliaire qui accueille des élèves handicapés dans ses classes dites « normales », et les 3e découverte professionnelle du collège-lycée technique La Briquerie, le Premier ministre a pris tout son temps.

Ici, il a longuement parlé avec Hélène et Célia, deux jeunes handicapées moteur, qui suivent aujourd'hui leur cursus en classe de troisième. Là, il a encouragé des élèves de mécanique-carrosserie qui vont aller conduire au Niger six 4 x 4 qu'ils ont remis en état, pour les remettre à une ONG qui construit des puits pour les touaregs.

« Défendre la mixité sociale »

Il a parlé aussi. De la rentrée qui semble se passer assez calmement (six signalements pour la France toute entière de port de voile par exemple). Et évidemment du débat qui anime la pré-campagne, et sur lequel chaque parent d'élève a un avis bien arrêté. « Débat légitime » dit Dominique de Villepin, qui reconnaît « oui, il y a des problèmes évidents » mais rappelle que « l'objectif de la carte scolaire, c'est de défendre la mixité sociale ». Pourtant entre les familles qui cherchent à « contourner » et « certaines rigidités qui interdisent aux meilleurs élèves des établissements difficiles d'étudier ailleurs que dans leur quartier », « la suppression totale de la carte scolaire ne me paraît pas la bonne solution » tranche Villepin. C'est pourtant une proposition Sarkozy. « Je suis pour une carte scolaire aménagée respectueuse des principes qui fondent notre idéal républicain » dit le chef du gouvernement qui a confié au ministre de l'Education, présent hier à Thionville, de « lancer dans les toutes prochaines semaines une concertation étroite avec tous les acteurs du système éducatif : chefs d'établissements, enseignants mais aussi parents et élus locaux ».

« S'il y a une idée géniale »

« Tous les éléments doivent être mis sur la table » dit Villepin. « Si on supprime aujourd'hui la carte scolaire par quoi la remplace-t-on ? » se demande tout haut Dominique de Villepin. « Toute notre école est fondée sur ce principe. La supprimer aujourd'hui ce serait inévitablement, faute d'alternative, plus d'injustice et un formidable dérèglement de l'organisation scolaire... Une réflexion est nécessaire ». « Nous avions fait le même constat sur les ZEP » - que Nicolas Sarkozy veut également supprimer. « Il était tentant de dire : il y a des problèmes, on supprime les ZEP ! Ce n'est pas nier les problèmes que de les regarder en face, de rechercher des solutions... Alors si demain il y a un remède miracle, une idée géniale qui permet de faire mieux que la carte scolaire, alors nous l'étudierons ! Méfions-nous des approches trop générales, trop idéologiques ! »

Voilà un idéologue rhabillé pour l'hiver... Juste après cette envolée prononcée lors d'une rencontre avec la presse, Dominique de Villepin est reparti au pot offert par le lycée technique. Il a refusé le champagne et préféré un Joker. Jus de pamplemousse. Et lors du déjeuner républicain, il a souhaité, pour la France, « une nouvelle confiance en nous ». La recette a l'air de fonctionner, pour lui.