Que faire quand on est personnel d’éducation ou
d’enseignement ?
Depuis la semaine dernière, des lycéennes et des lycéens
de très nombreux établissements lorrains se mobilisent
pour dénoncer les conditions dans lesquelles elles et
ils étudient : manque de personnels, bâti vétuste,
nombre trop important d’élèves par classe, emplois du
temps intenables, poursuite d’études entravée… Face à ce
constat d’un service public d’Éducation à l’os, leurs
revendications sont légitimes, le SNES-FSU, le SNUEP-FSU
et le SNEP-FSU les soutiennent. Elles rejoignent
d’ailleurs celles que nous avons exprimées dans de
nombreuses mobilisations ces dernières années.
La mobilisation des lycéen-nes leur appartient, tout
comme le choix leurs formes de lutte. Pour les
personnels de l’Education Nationale, y compris militant·es
et syndiqué·es,
il n’est pas toujours simple de trouver la bonne posture
à adopter, de soutenir la mobilisation sans se
substituer aux élèves, tout en veillant à leur sécurité
et à celle des collègues.
Voici donc quelques points de repères, qui ne sauraient
cependant constituer ni un absolu ni une liste
exhaustive car chaque établissement et chaque
mobilisation ont leur particularités :
1) Être présent·es
devant l’établissement.
Lorsque les élèves se mobilisent, la présence d’adultes
suffisamment nombreux, dans un simple rôle
d’observatrices ou observateurs, permet de limiter le
risque de violences policières, d’arrestations
arbitraires, ou de comportements excessifs de certains
personnels de direction.
2) Contribuer lorsque c’est possible à la désescalade
Les personnels peuvent être amené·es
à jouer un rôle de médiation avec la direction de
l’établissement ou les forces de l’ordre.
Notre position d’adultes et de personnels de l’Education
nationale peut permettre de faire entendre la nécessité
de ne pas laisser s’installer une logique de
provocation-répression.
3) Ne pas se substituer aux lycéen·nes
dans l’organisation de leurs actions, et ne pas
participer à l’action de blocage elle-même.
Soutenir les revendications ne signifie pas organiser
les actions à la place des élèves. La mobilisation
appartient aux lycéen·nes
et doit rester la leur. En outre, cela constituerait une
faute professionnelle de soi-même bloquer son
établissement.
4) Ne pas obéir à des ordres qui nous mettraient en
danger.
Les chef·fes
d’établissements n’ont pas le droit de demander à leurs
personnels de se substituer aux policiers ou aux
services de secours. Une direction ne peut pas demander
aux personnels de prendre physiquement en charge une
situation qui les expose à un danger.
Il ne faut hésiter à demander aux personnels de
direction de passer par l’écrit, de faire valoir un
refus et éventuellement de consigner la situation dans
le registre
SST. En cas de danger grave et imminent, les
personnels disposent de procédures, notamment le droit
d’alerte, et lorsque les conditions sont réunies, du
droit de retrait.
5) Refuser d’identifier les élèves ayant participé à des
faits de blocage.
Nous n’avons pas vocation à identifier pour la police
des élèves ayant participé à une mobilisation ou à
rechercher les responsables d’un blocage. Attention
également à la diffusion d’images ou de vidéos qui
pourraient incriminer des élèves, permettre de les
identifier et être utilisées contre elleux.
Notre rôle est éducatif, pas policier.
6) Diffuser, auprès des jeunes ou de leurs familles, les
informations leur permettant de connaître leurs droits.
Notamment le tract disponible en
cliquant ici
7) En cas d’incident, documenter les faits et prévenir
rapidement le
SNES-FSU
En cas d’intervention policière, de violences,
d’interpellations ou de mise en danger d’élèves ou de
personnels, notez aussi précisément que possible les
faits dont vous avez été directement témoins : heure,
lieu, déroulement des événements, personnes ou services
présents. Distinguez bien ce que vous avez constaté
vous-mêmes de ce qui vous a été rapporté.
Prévenez rapidement le
SNES-FSU
Lorraine afin que nous puissions accompagner les
collègues et les équipes concernées et, si nécessaire,
intervenir auprès de l’administration. Si des images
sont prises pour documenter les faits, soyez
particulièrement vigilant·es
à leur diffusion publique, notamment lorsqu’elles
permettent d’identifier des élèves.
8) Organiser collectivement des
AG et des discussions avec les collègues.
Les mobilisations lycéen·nes
et certaines de leurs formes peuvent susciter des
interrogation, désaccords et inquiétudes parmi les
collègues. Il est essentiel de ne laisser personne seul·e
face à ces situations.
Il nous revient donc d’organiser des heures
d’information syndicale, des assemblées générales des
personnels et des discussions entre collègues.
Au-delà des débats sur les formes d’action, les raisons
de la colère des lycéen·nes
ont de très nombreux points de convergence avec nos
revendications : manque de moyens, classes surchargées,
personnels non remplacés, dégradation des conditions de
travail et d’édude, sélection et mise en concurrence des
élèves.
Face au manque de moyens, la réponse doit être politique
et budgétaire, pas policière et répressive. |